» Je n’inscris pas mon travail dans des anecdotes ou dans l’actualité. Il y a des gens qui font çà à merveille, mais moi je ne suis ni descriptif, ni narratif « . Et pourtant les photographies que Virgil Brill présente actuellement à la Chapelle des Pénitents Bleus de La Ciotat, collent à la peau de ce réel qui se dérobe devant nous. Son exposition s’intitule  » Migration – Migrations  » et nous parle de toutes ces frontières intérieures que l’on franchit clandestinement, tantôt avec délices, tantôt avec effroi. Elle nous entretient de la libre circulation des âmes, de la quête d’un droit d’asile intime qui procurerait enfin l’apaisement.

Inutile donc de chercher des sans-papiers, des Bosniaques ou des Rwandais derrière les silhouettes nues qui peuplent de manière obsédante les images de Virgil Brill. Inutile dons de chercher à mettre des noms sur ces formes humaines que le photographe a capturées avec son objectif volontairement trouble.

Ici ni les individus, ni l’espace ne sont identifiés. Des étendues de sable, puis de mer, puis de ciel, à n’en plus finir. Des horizons qui se chevauchent et qui marquent la finitude de ce monde sans pour autant nous interdire d’envisager, ou d’espérer d’autres possibles. Et là, un peu partout, ces ombres qui vaquent. Et l’anodin brouillé. Il n’y a plus de situation innocente, juste la condition humaine, ce statut d’animal grégaire qui avance seul vers un destin qu’il ignore. Le sentiment de solitude émerge justement de cette multitude et de ce flou.

Le jeu incessant dans les cadrages, dans les formats, multiplie les points de vue, apporte   des  » configurations porteuses de sens « . Un relief sensoriel renforcé par une dimension musicale (une installation sonore de Georges Lartigau). Il ne manque même pas le verbe puisque l’écrivain Jacques Serena décline ses mots (encore une histoire d’amour impossible) autour, entre et dans le très beau livre qui installe cette rencontre dans une autre durée : celle de la page.

 

Frédéric Kahn