oratorio à trois

Un roseau migrant

 

Virgil Brill s’est littéralement emparé de la Chapelle des Pénitents Bleus à La Ciotat. Autour de ses photos, l’écrivain Jacques Serena et le compositeur Georges Lartigau ont conçu une proposition globale. Emballant.

 

Dans l’indéfinissable se trouve probablement unes des clés d’une vie que nous espérons, vaguement, dans un tremblement de peur et de jouissance mêlées, pouvoir au moins entrebailler.

Dans l’indéfinissable se trouvent les oeuvres entrelacées de Virgil Brill, Jacques Serena, Georges Lartigau.

Certes, ce sont bien, stricto sensu, des photos, de l’écriture, de la musique. Et l’ensemble se présente comme cela peut être attendu : une exposition dans un lieu.

Mais attention, pas une simple juxtaposition hasardeuse de trois tempéraments amicaux. Une œuvre globale dont chaque élément  -silhouettes, voix, chants – se nourrit de l’autre sans le vampiriser. Le tout dans des habits de fête : une mise en espace des photos de Brill qui nous conduit comme Alice in Wonderland du plus petit (quelques centimètres carrés) au plus grand (une fresque de 19 m de long), un CD de Lartigau inclus dans un très beau livre horizontal où s’imprime en trois colonnes le texte inédit de Jacques Serena. Un livre rare, tiré à 500 exemplaires, relié à la main, où l’on retrouve quelques unes des « Migrations » de Virgil Brill.

Voilà pour le descriptif, le comptable, le prosaïque. Le reste, obstinément, est ancré dans l’indéfinissable, c’est-à-dire dans l’essentiel. Le reste, c’est le style de Serena, si heurté et si fluide à la fois. C’est la musique de Lartigau, syncopée et liquide, séquences horizontales elles aussi, et aériennes tout autant.

Ce sont les photos de Brill : sans énigme apparente dans une première approche de ces silhouette diversement mobiles ou statiques, mais ensuite collées à nous avec leur humanitude entêtée et leurs faux airs de fantômes. Après avoir longuement photographié des paysages épurés, Brill a traqué avec une rude tendresse les déambulations collectives en bords de rivages seulement devinés. Et Lartigau imagina quelques plages sonores où continuent les migrations.

 

Car l’homme est un roseau migrant. Frêle silhouette entre deux marées, marchant d’un pas plus ou moins assuré, il va. Et nous avec lui : « On marche encore, sans autre raison que de se savoir infatigable. Autant marcher, en attendant. Vaguement porteur d’une carte postale à l’adresse périmée. » (J. Séréna).

 

Yves GERBAL