Ces nouvelles MIGRATIONS  poursuivent la méditation qui était déjà le fil conducteur des premières MIGRATIONS. À mi-chemin de la béatitude et du mauvais rêve, une question toujours sans réponse évidente : qu’est-ce que c’est que cet animal ? Je veux parler de moi, de vous, de mon boucher et de Greta Garbo, de Lao Tseu et de Milosevic, et ainsi de suite.

 

Et de vous tous

« frères humains  qui après nous vivez ». *

 

J’ai le sentiment aigu d’appartenir à une espèce étrange, peut-être toute seule dans les étoiles, peut-être pas, en tout cas les étoiles sont là et la nuit est vaste et les temps viennent. Avec ce sentiment je suis passé tout doucement d’un vertige à un autre, d’un regard sur mon passé (la conquête de la planète par un bipède nu en marche, en quelques dizaines de milliers d’années) à une question un peu lancinante : en ce troisième millénaire, qui seront les habitants de cette planète, quelle humanité, pour s’inventer (ou subir) quel destin ?

 

Je ne raisonne pas là-dessus, ni ne suppute, ni ne prédis.

J’image. Je rêve.

 

Toujours la silhouette humaine dans sa quintessence, dégagée de toute anecdote. Être là dans le monde, être là en marche ou immobile (mais le monde, lui, est toujours en marche) et nos frères humains, les saints et les assassins, partagent (bruit et fureur, silence et chanson du vent) une même condition  cosmique,  biologique et  métaphysique.

 

Les abbayes romanes sont des lieux de silence où l’on écoute : le flux du temps, le cosmos (métonymiquement contenu dans le bourdonnement de cette dernière abeille de l’été égarée dans le cloître) et soi-même. Ici, le sacré affleure, qui ne se confond pas avec le religieux. Une exigence, une tension de l’être et aussi une sérénité sont inscrites dans la pierre et la lumière et la pénombre.

 

Ici les images, loin d’être exposées comme spectacle, pourront tracer une sorte de parcours initiatique en résonance avec le génie du lieu. Elles pourront proposer aux visiteurs, par d’autres moyens, de poursuivre l’écoute chère à Saint Bernard, en prenant le temps de pénétrer des images non-pieuses…



* François Villon : épitaphe en forme de ballade