Pour tenter de répondre à la question d’un ami peintre (Jean-Marie Rogriguez) sur le rôle du vide dans la création

  Vide, tout n’est que vide, nous disent  l’Écclésiaste et Jean-Marie. Et pourtant quand je travaille, quand je m’installe à ma table ou dans mon labo ou devant mon ordinateur, c’est dans une sorte d’expectative joyeuse qui me fait assez penser aux matins d’enfance où la question implicite était “que va-t-il arriver aujourd’hui, quelle surprise, quel nouveau truc-machin-chouette” sans pouvoir même imaginer la nature ou l’aspect de ce que je désirais. Peut-être est-ce cela le vide en question, l’absence de représentation à l’avance de ce qu’on est en train de désirer sans savoir au juste ce que c’est.

C’est de cette absence de préméditation, à ne pas confondre avec une absence de méditation, que vont sortir les images. Je ne sais franchement pas trop pourquoi ni comment. En y pensant un peu plus pour essayer de répondre à cette question sur le vide dans la création, je m’aperçois que ce petit mystère ressemble un peu au sujet de mon   travail tel que Robert Venter l’avait un jour défini : “tenter de dévoiler le mystère du lien amoureux”. Il parlait ce jour là des INCANTATIONS et la justesse de cette remarque m’avait laissé songeur. Tenter de dévoiler, en sachant parfaitement que je n’ai aucune chance d’y arriver; oui, je crois bien que c’est ce que je suis en train de faire à chaque fois que je travaille. Il ne s’agit pas de faire surgir quelque chose du vide. Il s’agit au contraire  de découvrir quelque chose qui existe déjà mais qui est caché et qui restera caché. Ce mystère (ce trésor ?) restera caché mais je l’aurai entr’aperçu et je vous le donnerai à voir. Enfin, presque.

Donc, pas du vide. De l’ombre. De l’ombre où se meuvent des ombres, de l’ombre où vit une promesse de lumière, de l’ombre profonde mais pas effrayante, cette ombre est profonde et riche comme la nuit, c’est peut-être la nuit originelle et c’est si  bon de partir en chasse.

Virgil Brill