Mai 2005. Extrait d’une réponse à des étudiantes en Arts Plastiques sur « le rôle

de la trace dans (mon) œuvre ».

 

D’une part je suis photographe. La trace est donc par nature la matière même de

mon travail : tel objet touché à tel moment par des photons les a renvoyés vers

la surface sensible où ils ont laissé leur trace et, ce faisant, la trace de l’objet et

du moment.

D’autre part il se trouve  que mon travail  porte en grande partie (MIGRA-

TIONS, INCANTATIONS) sur les ambiguïtés de la mémoire, du souvenir, de

la trace mémorielle, dont les incertitudes peuvent porter à ne plus très bien

savoir si l’on se remémore ou si l’on imagine. Dans ce mouvement de création

je suis conduit à éprouver assez intensément la nature de mon médium et

même à l’épouser jusqu’à retrouver ses origines : l’époque où l’image saisie à

grand peine et sans trop de précision descriptive ne demandait qu’à s’évanouir,

à disparaître, et juste avant il y avait ce moment de grâce où l’essentiel, (voir

dans le Petit Robert ou dans un quelconque dictionnaire philosophique) seul

l’essentiel était préservé. Peut-être mon travail est-il fondé, au moins en partie,

sur l’intuition que de la lutte entre oubli et souvenir va naître la trace, substrat

ontologique, image dépouillée de l’anecdote et du contingent et propre enfin à

susciter une émotion fondamentale…

Quant à la forme que prend mon travail, il est vrai que je choisis des papiers

mats et que je m’efforce généralement de donner à mes images le statut d’une

trace laissée par hasard plutôt que celui d’une inscription élaborée par une volonté.